1 LES PARTIES DU DISCOURS

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    أبو ياسر

    أبو ياسر مدون نشيط

    LES PARTIES DU DISCOURS


    (natures, classes grammaticales, catégories)



    La tradition grammaticale traite des « natures de mots », expression dont la grammaire scolaire peut se contenter. Dans l'Antiquité déjà, on disait « parties du discours ».


    Rappelons que le mot est une unité de la langue écrite, délimitée par deux espaces blancs. Grammaticalement, il ne s'agit pas forcément d'une unité. Ainsi, au et du équivalent chacun à deux parties du discours, puisqu'il s'agit de la contraction de à + le et de de + le. A l'inverse, parce que est une locution conjonctive, donc une conjonction, en deux mots, et au fur et à mesure de est une préposition en six mots. Le mot et la partie du discours ne se recouvrent donc pas forcément.


    I – PROBLÈMES DE CLASSIFICATION


    1) Classement traditionnel


    La grammaire dite traditionnelle, en fait la grammaire scolaire, en vigueur depuis le début du siècle (programmes de 1910) et encore dans les années 1970, reconnaît 9 parties du discours :


    Le nom / l'article / l'adjectif / le pronom / le verbe / l'adverbe / la préposition / la conjonction / l'interjection


    Ce classement n'est pas sans problèmes ou contradictions.


    2) Contradictions


    — Le nombre : 9 parties du discours ; ce nombre est hérité du latin, et même plus ou moins du grec (les grecs considéraient que l'interjection se situait hors du discours, et ne comptaient donc que 8 parties) ; or, par exemple, l'article n'existait pas en latin. De manière générale, la langue française ne fonctionne pas comme la langue latine, il est donc illusoire de vouloir y retrouver le même nombre de parties du discours.


    — le nom : le nom commun et le nom propre constituent-ils la même partie du discours ? L'analyse détaillée montrera que non, le nom propre se comportant comme un syntagme (groupe) nominal complet, de même que le pronom d'ailleurs.


    — l'adjectif : s'agit-il de l'adjectif qualificatif, ou des multiples adjectifs déterminatifs (possessif, démonstratif, indéfini, etc.) qui sont des déterminants, comme l'article ? Ces catégories, qui se rapportent au nom, ne fonctionnent pas de la même façon.


    — la conjonction : s'agit-il de la conjonction de coordination, ou de subordination ? Même remarque : les deux catégories ont été longtemps mêlées, alors qu'elles n'ont pas du tout le même rôle.


    — l'interjection : qu'est-ce que c'est réellement ? Exemples : Ah ! / Hélas ! / Bravo ! Merci ! / Mille milliards de mille sabords !... Comment analyser valablement cette catégorie disparate ?








    — dans le détail, des erreurs ou des oublis ont été commis dans ce classement : que faire de termes comme voici, voilà / il y a / quant à / oui... ?


    3) Modifications


    — On distinguer le nom commun et le nom propre (les définitions sont différentes) ;


    — On séparera l'adjectif qualificatif des déterminants : ceux-ci contiendront l'article et les adjectifs déterminatifs ;


    — On séparera les conjonctions de coordination (qui établissent une égalité syntaxique) et les conjonctions de subordination (qui établissent une dépendance syntaxique) ;


    — On validera une création : celle des mots-phrases, qui regrouperont des termes comme oui, non..., les interjections, etc.


    — Autre création : les présentatifs ou introducteurs : quant à, c'est, il y a...


    Tous ces éléments seront analysés en détails dans la suite de ce cours.


    II – PROBLÈMES DE RECONNAISSANCE


    1) La tradition


    Chacun peut avoir à l'esprit des définitions standards : les noms représentent des choses, des humains, des abstractions ; les adjectifs, des qualités ; les verbes, des actions...


    Voici les principales définitions problématiques, qui figuraient dans les anciennes éditions (d'avant 1986) du Bon Usage de Maurice Grevisse :


    — Le nom ou substantif est le mot qui sert à désigner, à « nommer » les êtres animés et les choses.


    (Les choses au sens large : objets, actions, sentiments, phénomènes...)


    — L'adjectif est un mot que l'on joint au nom pour exprimer une qualité de l'être ou de l'objet nommé ou pour introduire ce nom dans le discours.


    — Le verbe est un mot qui exprime, soit l'action faite ou subie par le sujet, soit l'existence ou l'état du sujet, soit l'union de l'attribut du sujet.


    2) Critique


    Ces définitions sont presque exclusivement sémantiques : elles se fondent sur le sens des mots, en oubliant pratiquement tous les autres aspects, c'est-à-dire leur rôle ou leur situation dans la phrase, comme si les mots étaient des entités isolées (comme dans le dictionnaire).


    — Pour le nom, est oubliée au départ la distinction nécessaire entre nom commun et nom propre ; et la définition dit simplement que le nom désigne..., ce qui constitue un élément uniquement sémantique.


    — Pour l'adjectif, on ne peut faire autrement que de dire que ce terme se joint à un nom, mais la définition dit ensuite simplement qu'il exprime une qualité. On est amené à une contradiction, ou au moins une disjonction : ou pour introduire... La définition, censée ère unique, a bien du mal à établir la différence entre l'adjectif qualificatif et les déterminants.


    — Le verbe est défini par rapport au sujet, et il exprime..., nous sommes toujours dans la sémantique La suite scinde ladite catégorie en trois, ce qui brise l'unicité de la définition, la division étant faite encore une fois selon le sens, avec une redondance entre verbes d'état et verbes qui servent à l'union de l'attribut. Un aspect fondamental est passé sous silence : les verbe se conjugue, et s'accorde avec son sujet !


    Quand on réfléchit sur le sens des mots, on s'aperçoit par exemple que bon et la bonté expriment tous deux une qualité ; tuer et un meurtre expriment tous deux une action. Au XIIème siècle, le philosophe Abélard faisait remarquer que dolor (la souffrance) et dolere (souffrir) possédaient une signification voisine ; la différence est dans la manière dont cette signification s'exprime.


    L'erreur est précisément de vouloir établir une définition, alors que la reconnaissance d'une partie du discours s'appuie en réalité sur un faisceau d'indices, qu'on appellera critères de reconnaissance.


    III - LA MÉTHODE D'ANALYSE


    Pour définir avec précision les parties du discours, on utilisera les éléments suivants, qui seront à considérer comme des critères de reconnaissance :


    1) La morphologie :


    La variabilité d'un mot est en rapport avec sa nature. Ainsi, un nom est variable uniquement en nombre mais possède un genre fixe, un adjectif ou un déterminant varie en genre et nombre, un verbe se conjugue, etc. L'analyse exposera donc d'abord la variabilité générale du type de mot, puis on indiquera les aspects particuliers du mot analysé dans la phrase donnée.


    Il y aura avantage à se défaire de certains souvenirs scolaires forcément limitatifs : la variabilité ne se limite pas au genre et au nombre. Il existe ainsi tout d'abord des formes neutres de certains pronoms, le neutre en français étant une sorte de 3ème genre et nombre, pour les pronoms dont le référent est du type «chose inconnue», abstraite particulièrement, ou pour les pronoms qui remplacent une phrase entière. D'autre part, il est évident que la variabilité du verbe ne peut se limiter au genre et au nombre, mais concerne aussi le mode, le temps, la voix, la personne. Certains pronoms aussi sont susceptibles d'indiquer bien d'autres éléments, ce que l'on doit considérer comme une variabilité particulière. Ainsi, le pronom personnel, le pronom relatif, voire le pronom interrogatif possèdent des formes liées à des fonctions, comme un reste de déclinaison.


    En plus de la variabilité d'un mot, donc de sa capacité à subir un accord, il faut tenir compte de sa capacité à entraîner un accord. C'est le cas du nom commun pour le genre, du nom propre pour le genre et le nombre. On dira alors par exemple que le nom est porteur d'un genre.


    2) Le contexte (la distribution) :


    Une partie du discours quelconque ne s'associe pas avec n'importe quelle autre partie du discours pour former un groupe ou participer à une phrase. Un adjectif par exemple se rapportera à un nom ; le nom sera précédé d'un déterminant et souvent accompagné d'adjectifs, ou suivi d'une subordonnée relative, etc. Tous ces éléments sont indicatifs de la nature de ces mots, et il faudra donc les signaler. Si un cas ne correspond pas à la généralité, pour des raisons stylistiques par exemple, on le précisera aussi.


    3) La syntaxe :


    La fonction d'un mot est une indication fondamentale pour sa nature. Ainsi, seul un adjectif peut être épithète ; mais le nom peut être sujet, complément, etc. ; si un mot est sujet ou COD, il ne peut en aucun cas être analysé comme adverbe (c'est pourquoi rien est un pronom, pas un adverbe). On donnera donc la fonction du mot dans la phrase comme preuve de sa nature, après avoir indiqué de manière globale quelles sont ses fonctions possibles.


    Seuls le nom commun (le groupe nominal en fait, et ses remplaçants, le nom propre, le pronom), l'adjectif qualificatif et l'adverbe peuvent assumer des fonctions, ce qui entraîne une division entre 3 types de fonctions, nominales, adjectivales et adverbiales. Les mots qui ne peuvent assumer de fonction pour eux-mêmes jouent un rôle pour la fonction des autres. Ainsi, la préposition dans n'est pas complément de lieu, mais sans elle, le complément de lieu ne pourrait se constituer. De même, le verbe n'a pas de fonctions, mais il les donne.


    4) La sémantique :


    Chaque catégorie a sa propre définition sémantique, ses propres éléments de sens. Attention : ce n'est pas le sens précis du mot qui est demandé, mais les éléments sémantiques qui correspondent à la catégorie entière. Ainsi, on ne définira pas un nom en donnant un synonyme, mais en disant à quoi servent les noms en général : à représenter ce qui existe. De même, un adjectif sert à décrire un élément de la réalité. Rien n'empêche bien sûr d'ajouter pour finir le sens précis du mot étudié, mais cela ne suffit jamais.


    Ces différents critères de reconnaissance sont dissociés artificiellement pour l'analyse, mais dans la réalité ils sont étroitement liés. Il est ainsi difficile de détacher le contexte de la fonction : un adjectif est épithète (syntaxe) quand il est simplement à côté du nom (contexte) ; un adverbe est par exemple complément circonstanciel (syntaxe) d'une phrase verbale (contexte), et exprimant la manière (sémantique), etc. De même, dans la phrase, les aspects morphologiques sont liés à la syntaxe, puisqu'on parle précisément de morpho-syntaxe.


    -A SUIVRE-